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Épargne responsable : les Français convaincus mais prudents dans les faits

Selon une enquête du Cercle de l'Épargne, 76 % des Français considèrent que l'impact environnemental de leurs placements est un sujet important. Pourtant, seul un sur cinq détient effectivement un produit responsable. Entre méfiance face au greenwashing, complexité des labels et arbitrages liés au pouvoir d'achat, le passage à l'acte reste freiné.
 

Soixante-trois pour cent des Français se disent encore inquiets face au changement climatique en 2025. Le chiffre, issu d'une enquête du Cercle de l'Épargne, témoigne d'une préoccupation qui ne s'efface pas. Pourtant, dans le même temps, la part des Français plaçant l'environnement parmi leurs deux premières priorités nationales est passée de 30 % à 21 % en deux ans. Le sujet n'a pas disparu : il a été doublé par d'autres urgences.
 

Dix ans après l'Accord de Paris, la transition écologique reste donc une cause largement partagée, mais soumise à des arbitrages. Pouvoir d'achat, sécurité, dette publique, qualité des services publics : autant de préoccupations qui ont gagné en visibilité et qui obligent les Français à hiérarchiser leurs attentes. Le sentiment écologique demeure, mais il s'inscrit désormais dans un environnement plus concurrentiel.
 

Une priorité environnementale qui recule face aux urgences quotidiennes
Cette tension se retrouve dans la fiscalité environnementale. Seuls 25 % des Français se déclarent prêts à payer davantage de taxes pour le climat, et la taxe carbone, prise isolément, ne recueille que 19 % d'adhésion spontanée. 

 

La même enquête montre toutefois qu'une majorité accepterait un tel prélèvement à trois conditions : un fléchage clair vers la transition, une baisse compensatrice d'autres impôts, et une protection des ménages modestes et des classes moyennes. La demande écologique reste forte, à condition d'être perçue comme juste.
 

Le portrait change peu sur le terrain du financement collectif. Soixante-douze pour cent des Français se disent favorables à une mobilisation budgétaire majeure pour le climat, comparable à celle engagée pendant la crise du Covid. C'est dix points de moins qu'en 2024 (82 %), mais cela reste un soutien massif. Les Français ne rejettent donc pas l'effort financier : ils interrogent ses modalités, son ciblage et ses contreparties.
 

Côté épargne, le décalage entre intention et action est encore plus net. Trois quarts des Français (76 %) considèrent que l'impact des placements sur l'environnement est un sujet important. Plus d'un Français sur deux dit tenir compte, au moins parfois, des critères environnementaux et sociaux dans ses choix financiers. Mais l'intérêt déclaré reste largement théorique : seuls 12 % des Français affirment connaître précisément ce que sont les placements responsables. Beaucoup ont entendu parler d'épargne verte, d'ISR ou de critères ESG sans savoir ce que ces sigles recouvrent concrètement.
 

Greenwashing, jargon ESG, complexité : les trois freins à l'investissement responsable
Dans les faits, environ un Français sur cinq seulement détient un produit d'épargne responsable. Les encours progressent, mais ces fonds occupent encore rarement une place centrale dans le patrimoine des ménages. Trois freins expliquent ce hiatus. Le premier est financier : la sécurité, la disponibilité du capital et le rendement passent avant les considérations extra-financières dans la hiérarchie des critères de choix. Le deuxième est la défiance : la peur du greenwashing, c'est-à-dire de placements verts en façade mais opaques sur le fond, dissuade une partie des épargnants tentés par la démarche. Le troisième est la complexité : entre le label ISR rénové en 2025, la classification SFDR avec ses articles 6, 8 et 9, la taxonomie verte européenne et les documents techniques, l'offre paraît souvent illisible aux non-spécialistes.
 

Face à cette densité réglementaire, les Français se tournent vers leurs interlocuteurs habituels : la banque et le conseiller financier. Selon les enquêtes du Cercle de l'Épargne, une large majorité estime essentiel que le conseiller demande spontanément s'ils souhaitent investir de manière responsable. Mais peu déclarent avoir été effectivement interrogés ou accompagnés sur ce sujet. Le devoir de conseil en matière de durabilité, pourtant inscrit dans la réglementation européenne depuis 2022 via MiFID II, reste en pratique très inégalement appliqué dans les réseaux bancaires.
 

Pour franchir un cap, l'épargne responsable devra gagner sur trois terrains. La lisibilité d'abord : les labels et classifications n'auront d'utilité que s'ils sont compréhensibles en quelques phrases par un épargnant sans culture financière. La crédibilité ensuite : des reportings d'impact concrets, vérifiables, avec des indicateurs comparables d'un fonds à l'autre. La compatibilité enfin avec les besoins de base de l'épargne, à savoir sécurité, disponibilité et rendement. Les Français ne demandent pas seulement des placements verts. Ils demandent des placements verts qui tiennent leurs promesses financières et qui leur soient présentés dans un langage clair. À défaut, l'écart entre 76 % de convictions et 20 % de détention risque de durer.
 


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