Placer 50 000 euros : un jeune sur deux passerait par un conseiller en gestion de patrimoine
Le premier baromètre CORUM L'Épargne montre une confiance financière qui se recompose chez les jeunes : le conseil patrimonial gagne du terrain avec le montant placé, l'intelligence artificielle entre dans les arbitrages, et l'école est attendue sur l'apprentissage de l'investissement.
La question a de quoi surprendre ceux qui pensaient les moins de 25 ans définitivement gagnés au tout-numérique. Interrogés sur les interlocuteurs qu'ils solliciteraient pour placer 50 000 euros, un jeune de 18 à 24 ans sur deux cite un conseiller en gestion de patrimoine. Pour un montant dix fois moindre, 5 000 euros, ils ne sont que 37 %. Ce bond de 13 points, mesuré par le premier baromètre CORUM L'Épargne réalisé avec OpinionWay, situe la valeur perçue du conseil bien au-delà du premier niveau d'épargne : sa légitimité se révèle dès que la complexité s'élève.
Le mouvement se retrouve dans l'ensemble de la population, où le recours au conseiller passe de 51 % à 62 % de citations entre les deux montants. Le banquier reste l'interlocuteur dominant, cité par 75 % des sondés pour 50 000 euros, mais l'écart avec le conseil patrimonial se resserre à mesure que la somme grossit. La famille, elle, demeure massivement consultée, même si elle recule de 75 % à 63 % chez les plus jeunes lorsque l'enjeu financier augmente. Ce glissement dessine une hiérarchie de la confiance qui se recompose selon le montant en jeu : le proche pour les petites sommes, le professionnel pour les décisions lourdes.
L'intelligence artificielle entre dans les arbitrages
Autre enseignement, l'IA s'installe dans le champ des décisions patrimoniales, sans y régner. Pour un placement de 5 000 euros, 19 % des 35-49 ans déclarent qu'ils demanderaient conseil à une intelligence artificielle, et ils sont 22 % pour 50 000 euros : chez cette génération active, plus la somme grossit, plus l'outil est sollicité. Le mouvement est inverse chez les 18-24 ans, qui passent de 30 % à 25 % lorsque le montant augmente, comme si la hausse de l'enjeu les ramenait vers l'humain. La tendance reste stable chez les 50 ans et plus, moins enclins à confier leurs arbitrages à une machine.
La comparaison directe avec les professionnels demande de la nuance. Parmi les 18-24 ans, 24 % déclarent faire davantage confiance à l'IA qu'à leur banquier, et 18 % davantage qu'à leur conseiller en gestion de patrimoine. Chez les 35-49 ans, ces proportions tombent à 17 % et 11 %. Autrement dit, mesurée face à l'IA, la confiance dans le conseil patrimonial reste supérieure à celle accordée au banquier sur la quasi-totalité des tranches d'âge. Le canal humain demeure le plus solide, mais la marge se réduit chez les plus jeunes, un signal que les réseaux ne peuvent ignorer.
Ces résultats intéressent directement les réseaux de distribution. Le banquier conserve certes la première place, mais sa domination se lit surtout sur les montants modestes, là où la relation de compte courant prime. Dès que l'épargnant vise une somme à placer sur le long terme, le conseiller en gestion de patrimoine et les plateformes spécialisées entrent dans le jeu et captent une part de la valeur ajoutée. Pour les acteurs indépendants, souvent absents des premières décisions d'épargne, le seuil des 50 000 euros fait figure de porte d'entrée : c'est le moment où le prospect accepte de rémunérer un conseil qu'il jugeait superflu pour ses premiers versements.
Une génération qui réclame l'éducation financière
Le signal le plus net vient de l'école. Au total, 82 % des Français souhaitent qu'elle joue un rôle dans l'éducation financière. La proportion grimpe à 95 % chez les 18-24 ans, dont 46 % attendent spécifiquement qu'on leur apprenne à investir, contre 29 % en moyenne et seulement 20 % chez les 65 ans et plus. La demande de pédagogie sur l'investissement, jusqu'ici portée par les acteurs institutionnels, devient une attente de génération, à rebours de l'idée reçue d'une jeunesse indifférente aux questions d'argent.
L'enquête, menée du 2 au 8 avril 2026 auprès de 1 004 personnes représentatives des 18 ans et plus, dessine ainsi le portrait d'une clientèle jeune plus mûre qu'attendu dans son rapport à l'épargne. « Le signal le plus fort de ce premier baromètre vient des jeunes. Ils veulent apprendre à investir, ils consultent leur famille autant que leur banquier, ils testent l'intelligence artificielle sans naïveté », résume Carole Rousseau, présidente de CORUM L'Épargne, pour qui cette génération réclame moins qu'on décide à sa place que les moyens de comprendre. Une invitation directe aux acteurs de l'épargne à miser sur la transparence et la pédagogie.
Source : baromètre CORUM L'Épargne x OpinionWay, terrain du 2 au 8 avril 2026, 1 004 personnes représentatives des 18 ans et plus, méthode des quotas, marges d'incertitude de 1,4 à 3,1 points (communiqué du 1er juillet 2026).

